Géopolitique & Migrations : point de bascule


François Gemenne était notre invité dans l'émission du 21 avril 2020.


François Gemenne est professeur de sciences politiques, expert des questions de géopolitique de l’environnement et auteur du GIEC.


Dans cette première saison consacrée à la crise du Coronavirus, François Gemenne voit la crise comme une source d’inquiétude qui pourrait nous ramener 20 ans en arrière si nous cédons aux pressions conservatrices. Nous sommes à un point de bascule, et nous devons individuellement et collectivement nous transformer et agir car cette crise ne sera pas la dernière.


Au programme :

- L'article l Une interview de notre invité

- Le récap' l Le replay de son intervention accompagné d'une synthèse

- Pour aller plus loin... l Des ressources pour approfondir les sujets abordés



Comment vis-tu la crise sanitaire en cours ?


Avec beaucoup d’anxiété et d’inquiétude pour la suite. Difficile pour moi de céder à l’optimisme de la réinvention post coronavirus… Je pense que notre capacité à réfléchir à un « monde d’après » est un luxe de privilégié. Ce que veut la plupart des gens, c’est juste retrouver le monde d’avant. On risque donc d’être moins susceptibles d’accepter des contraintes environnementales à l’avenir.


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https://engage.world/mag/chasser-le-natuel-il-revient-au-galop




Le premier mouvement de François Gemenne est celui de l’inquiétude.


Inquiétude de constater que des milliards d'euros sont aujourd’hui affectés à la « relance » sans aucun fléchage vers un changement de modèle, une prise en compte du défi climatique. Et, en plus, de constater que ces affectations sont effectuées sans aucune délibération démocratique. Il y a un paradoxe : la crise du Corona impose de faire un effort individuel. Pour le changement climatique, c’est l’inverse. La coopération est essentielle. Nous devons agir comme citoyen.ne, pas comme consommateur.rice.

Inquiétude également de voir que le Green New Deal Européen est remis en cause. Ceux qui le remettent en cause sont puissants, bien organisés. Ceux qui veulent un monde différent sont moins puissants et encore moins bien organisés aujourd’hui.

Inquiétude, donc, qu’on nous prépare un « monde d’après » qui soit, en fait, « le monde d’il y a 20 ans », sans aucun débat démocratique…


Pourquoi sommes-nous à un moment de bascule ?

La crise révèle, et c’est son versant positif, un vrai élan de solidarité et une capacité à réagir rapidement et de façon radicale, à l’échelle mondiale.

C’est ce dont nous avons besoin aujourd’hui pour lutter contre la prochaine crise planétaire qui s’annonce, climatique : d’une solidarité entre les générations et entre les pays (ce seront des pays lointains qui seront les plus gravement touchés).

La crise du coronavirus entraîne un basculement complet :

  • Ainsi, par exemple, les Européen.ne.s sont aujourd’hui « interdit.e.s » dans de multiples pays. Nous vivons ainsi la situation des « migrant.e.s » interdit.e.s d’entrer en Europe. Si le Corona a provoqué l’exode de centaines de milliers de personnes, cela nous aidera-t-il à accroître notre compréhension de ce qui pousse les migrant.e.s à partir ?

  • On constate aujourd’hui les disparités régionales par rapport au virus en France, qui entraînent des politiques différentes. On constate que, de son côté, l’Allemagne, pays fédéral, a bien géré le virus avec des politiques différenciées selon les länder. Il y a augmentation du besoin de décentralisation. Mais comment faire pour garder un haut niveau d’échange, notamment au niveau international ? Il y a un risque de repli autarcique nationaliste. Il y a nécessité, à la fois d’un échelon local ET global. Sur la question climatique par exemple, le défi est mondial et le niveau national devient moins pertinent.

  • Nous devons être moins dépendant.e de l’étranger pour les produits essentiels. Il nous faudra choisir et non subir notre relation avec les autres nations.

  • En ce moment le pétrole est à prix négatif. Cela permet d’envisager de nouveaux moyens d’action. Et si les ONG achetaient massivement des actions de grands pétroliers dont la valeur a fortement baissé ?

La crise dépasse donc largement la dimension sanitaire. Il serait donc bon d’entendre des experts des enjeux sociaux et pas seulement des docteurs et scientifiques.


Quel lien pouvons-nous faire entre la crise sanitaire et la crise écologique ?

La crise actuelle permet une première prise de conscience des conséquences sanitaires, gigantesques, du changement climatique et de la perte de biodiversité. La fonte du pergélisol (le sol gelé en permanence), qui risque de relâcher de multiples virus, les migrations « économiques » qui sont des migrations « écologiques » dues au changement climatique.


Comment allons-nous gérer la dette immense en cours de création ?

La jeune génération va avoir triple peine, le changement climatique, l’emploi, et la charge de la dette qui est en train d’exploser. La chance, c’est que tous les pays sont touchés. Il y a donc une opportunité de remettre les compteurs à zéro.



👊 Atelier : Fresque du Climat


👊 Action : Porter nos idées aux députés et acteurs politiques


👊 Action : Mettre en place des actions pour changer la perception que nous avons des immigrés


📄 François Gemenne, France Culture : L'Anthropocène cartographié