Technologies vs libertés fondamentales : la mise à mal du contrat social ?

Asma Mhalla était notre invitée dans l'émission ENGAGE Calls, mardi 2 février 2021.


Experte en Tech Policy et maître de conférences à Sciences-Po, elle interroge l’hyper-personnalisation des technologies que nous utilisons et qui nous pousse à l’accoutumance et nous font perdre de vue les enjeux politiques de surveillance poussés par l’Etat. Ainsi, l'économie marchande et la démarche sécuritaire portée par l'État semblent faire écho voire se renforcer l'un l'autre. Elle interroge : Sommes-nous prêt.e.s à renoncer à notre vie privée pour des questions sécuritaires ? Entrons-nous dans l'ère du capitalisme de surveillance ?


Au programme :

- L'article l Une interview de notre invitée

- Le récap' l Le replay de son intervention accompagné d'une synthèse

- Pour aller plus loin... l Des ressources pour approfondir les sujets abordés



Peux-tu te présenter ?


Je suis maître de conférence à Sciences-Po Paris où j’enseigne les enjeux éthiques, politiques et économiques du numérique par le prisme des modèles d’affaires. C’est-à-dire que je décode les modèles économiques des plateformes et j’essaye d’en comprendre les dimensions politiques.

Je fais également partie du comité scientifique de l’Observatoire de l’éthique publique, en charge d’observer les bonnes pratiques, notamment de nos institutions. Je travaille également sur le terrain, sur le sujet des Smart City, les villes intelligentes qui utilisent les technologies pour améliorer la qualité des services tout en réduisant leurs coûts.

J’interviens aussi dans le débat public pour sensibiliser l’opinion publique sur les sujets liés à la technologie, au numérique et à la transition, qui sont certes intangibles mais dont les implications sont, elles, bien réelles.


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Réparer le bug humain - Sébastien Bohler


🎙Écouter le replay de l'émission en format podcast


Les nouvelles technologies poursuivent un but double : des objectifs commerciaux individuels et de techno-surveillance. L’hyper-personnalisation des technologies que nous utilisons nous pousse à l’accoutumance et nous fait perdre de vue les enjeux politiques de surveillance poussés par l’Etat.


Quelles sont les méthodes principalement utilisées aujourd'hui ?


👤 La reconnaissance faciale

Pour illustrer nos propos, cette technologie est rentrée dans notre quotidien pour permettre le déverrouillage de nos smartphones et sert aujourd'hui au quadrillage de l'espace public.


💻 Le fichage

Cet été était créé le Health Data Hub : la centralisation des données de santé de l'ensemble de la population française. Le danger se présente à plusieurs échelles :

- ces données sensibles sont la source privilégiée des hackers : quid du secret médical ?

- cette mission était confiée à Microsoft : quid de la souveraineté étatique ? En tant qu'entreprise américaine, Microsoft est régie par le Cloud Act qui permet aux agences fédérales américaines de réquisitionner l'ensemble des données récoltées par les acteur.rice.s américain.e.s quelle que soit la localisation des personnes à qui appartiennent ces données.


Le deal initial « liberté contre sécurité » est devenu « liberté contre sécurité contre vie privée ».

Le contrat initial démocratique consistait à rogner et à transférer volontairement une partie de nos libertés aux gouvernant.e.s, à l’état, contre l’assurance de la sécurité et de la paix.

Dans les années 1970, nous avons assisté à un repli de l'Etat providence et de ses fonctions sociales pour passer à la montée en puissance d'une doctrine néolibérale. Avec l'abandon de certains mécanismes de solidarité qui l'ont délégitimé aux yeux de la population, l'Etat s'est replié sur ses fonctions régaliennes et sécuritaire.

Nous sommes entré.e.s dans une gouvernance par la crise avec une inflation du discours sécuritaire : la peur, l’ennemi invisible… Nous sommes toujours en guerre contre quelque chose.


Quels sont nos contre-pouvoirs ? Comment sortir de ces dérives anti-démocratiques ?

Nous nous sommes beaucoup enfermé.e.s dans le dyptique Etat/plateforme alors que nous sommes plutôt dans un triptyque Etat/plateforme/citoyen.ne.s. A l'échelle individuelle, nous pouvons régler les symptômes mais pas la source du problème qui n'est pas les GAFA, mais le marché dans lequel elles évoluent.

Le marché devient nourricier et anéantit notre capacité d’auto-détermination. Nous devons donc réinvestir collectivement ce débat sur le temps long - grâce à des cours, de la sensibilisation, etc. - pour comprendre d’où viennent nos dépendances.

Les nouvelles technologies peuvent avoir un véritable intérêt si elles sont au service du bien commun et de la connaissance. A cet effet, le droit constitue un formidable outil de régulation.


La nouvelle utilisation de nos données

Dans un premier temps, les données servaient à faire du profiling et à identifier le.la consommateur.rice. Puis, ces données ont été utilisées pour prédire les comportements.

Aujourd'hui nous rentrons dans un processus de modélisation des comportements où nous ne souhaitons plus les prévoir mais les créer.



🎥 France Culture : Pouvoir et technologies au XXIe siècle


🎥 Interdit d'interdire : Asma Mhalla et Laurent Alexandre sur le traçage téléphonique


📙 Huffington Post : Google veut séparer le bien du mal (et cela pose problème)