Transition écologique : avec ou sans inégalités ?

Dominique Bourg était notre invité dans l'émission ENGAGE Calls, mardi 23 mars 2021.


Philosophe et auteur, il interroge les liens intrinsèques entre inégalités sociales et environnementales. Un objectif : que l’écart dans l’accès aux richesses matérielles pour les individus se réduise drastiquement. Dominique Bourg nous offre également ces différentes conceptions et approches philosophiques autour de la notion de décroissance, l'idée de progrès mais aussi une définition de la spiritualité bien particulière. Quelles nouvelles spiritualités ? Quelles évolutions des mentalités ?


Au programme :

- L'article l Une interview de notre invitée

- Le récap' l Le replay de son intervention accompagné d'une synthèse

- Pour aller plus loin... l Des ressources pour approfondir les sujets abordés



Vous écrivez qu’il faut réduire les inégalités sociales si l’on veut réussir notre transition écologique. Qu’entendez-vous par là ?

C’est comme le recto et le verso d’une feuille de papier, ou les deux côtés d’une même médaille. En fait, les inégalités sociales ont toujours été des inégalités environnementales. Les inégalités sociales sont essentiellement des inégalités quant à l’accès aux ressources. Aujourd’hui, qu’est-ce qui détruit le système Terre ? Ce sont les flux de matières et les flux d’énergies …

Sur la question climatique, les chiffres d’Oxfam sont édifiants : les 10% les plus riches, à l’échelle de la planète, émettent 50% des GES et les 50% les plus pauvres en émettent 10% – on ne peut donc en aucun cas distinguer inégalités sociales et inégalités environnementales.

Si nous considérons le contexte français récent, pensons aux Gilets Jaunes … Réguler par les taxes, notamment la taxe carbone, est très pénalisant pour les précaires énergétiques, c’est-à-dire les 7 millions de personnes qui dépensent au moins 10% de leur revenu pour produire leur chauffage et leur eau chaude. Les hauts revenus peuvent encaisser les taxes et ne changer en rien leurs comportements.

Le discours écologique doit être aussi un discours social.


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Réparer le bug humain - Sébastien Bohler


🎙Écouter le replay de l'émission en format podcast


> Les inégalités sociales sont des inégalités environnementales


Les inégalités sociales sont souvent - voire systématiquement - liées à des inégalités dans l’accès aux ressources. Depuis le début des années 2000, les flux de matières mondiaux croissent plus vite que le PIB mondial lui-même (étude de l’ONU publiée en juillet 2016). On va donc retrouver des inégalités sociales qui sont ipso facto des inégalités environnementales.


L’objectif : que l’écart dans l’accès aux richesses matérielles - et donc aux ressources - pour les individus se réduisent drastiquement.


> L’idée de progrès


Le progrès est associé à une amélioration continue et sans limite. C’est l’idée selon laquelle l’avancée des connaissances techniques et industrielles va constamment permettre d’améliorer la condition humaine voire d’atteindre le bonheur. La finalité des sociétés « occidentales » se trouve dans l’enrichissement matériel et sa redistribution. Or, cette volonté d'enrichissement matériel ne connaît aucune barrière puisque l’espèce humaine et moderne a cru que son développement se ferait sans limite quantitative. L’humanité s’est placée hors-nature et cette philosophie comme fondement civilisationnel de nos sociétés est très ancrée.


C’est ce que l’écologie vient remettre en question. Il ne s’agit pas simplement d’une restructuration économique mais bien d’un ancrage philosophique et spirituel très puissant. Cet « éveil » est donc très peu partagé car l’écologie remet en cause tout le substrat de notre culture.


> Une définition de la spiritualité


La spiritualité aurait deux fonctions, nécessairement présentes dans toute société quelle qu’elle soit.


Le sens axiologique : se réaliser soi-même en fonction d’un modèle. Aucune société n'y échappe. Dans la nôtre, il s’agit de la possession de statuts et de biens matériels. Les deux vont ensemble, on marque son statut par des biens matériels : c’est le consumérisme.


Le sens ontologique : toutes les sociétés construisent un mode particulier de relation à la nature et au naturel. Par exemple, pour les Amérindiens, la forêt est sacrée alors qu’en Occident, on ne voit dans la nature qu’un stock de ressources.


Les deux sens de la spiritualité fonctionnent ensemble : l’ontologie et l’axiologie se recouvrent.


Cette définition de la spiritualité amène au concept de tectoniques des plaques mentales. L’idée mécaniste de la nature est une idée qui est en train de s’effriter. C’est également le cas pour notre axiologie consumériste. Les choses bougent. Et on ne décerne pas encore très bien quelle Pangée va se reformer, quel nouvel assortiment de continents va se reconstruire.



📄 Revue Projet : Les spiritualités au secours de la planète


🎥 France Culture : Quelle Terre demain avec Dominique Bourg


📄 Dominique Bourg : Le marché contre l'humanité