Eva Sadoun était notre invitée pour la quatrième émission de la saison 3 de Manifeste, mercredi 23 février 2022.


Pionnière de la finance responsable, fondatrice de la plate-forme de crowdfunding LITA.co et de l'application Rift, elle dessine les contours d’une nouvelle économie au service du bien commun en déconstruisant ses mythes fondateurs et idéologies dominantes et en repensant ses modèles de gouvernance.


Au programme :

- Le récap' l Le replay de son intervention accompagné d'une synthèse

- Pour aller plus loin... l Des ressources pour approfondir les sujets abordés

- Passer à l'action l Des propositions pour vous engager concrètement





🎙Écouter le replay de l'émission en format podcast



Vous avez récemment publié un livre pour essayer de poser une vision simple et claire de l’économie ; pourquoi écrire ce livre maintenant ?


En discussion avec Acte sud, nous nous sommes rendu compte qu’il manquait du contenu pour permettre d’engager un débat fertile sur l’économie dans le cadre de la campagne présidentielle. Le but est donc de créer de la pédagogie sur le système économique actuel pour que les citoyens soient mieux armées sur ces sujets et donc capables de faire des choix réfléchis quand ils vont voter.


Cette pédagogie sur les sujets économiques est cruciale car actuellement un seul dogme est en fait enseigné, celui du libre marché. Même Adam Smith a été mal interprété, et on a érigé des théories d’une autre époque comme étant intemporelles et dirigeant toutes nos décisions. Aujourd’hui, on constate que ces thèses ne marchent plus, il faut donc être capable de faire de nouveaux choix politiques et de ne plus ériger ces thèses économiques comme des sciences irréfutables.


Quel est donc le modèle, pour notre économie, à atteindre selon vous ?


Il faut d’abord se poser la question de quel type de croissance on parle. La croissance économique en tant que telle, nous ne la connaissons plus vraiment en Europe. La 2ème question est le sujet des enjeux climatiques. Aujourd’hui, et au regard de ces enjeux, est on en mesure de maintenir la croissance actuelle du taux de PIB ? Est-ce souhaitable ? En effet, l’activité économique a une empreinte énergétique : plus on développe l’activité économique, plus l’empreinte énergétique augmente. Pour garder le même taux de PIB, il faut donc rendre toutes nos activités plus efficaces d’un point de vue énergétique. Cela passe par l’utilisation d’énergie propre capable de remplacer tous nos usages d’énergie fossile. Il est donc nécessaire d’investir dans l’innovation énergétique, mais également l’accompagner d’une politique de sobriété de nos usages pour être capable de réduire le niveau d’efficacité énergétique dont on va avoir besoin pour atteindre le scénario des 1,5 degrés.


A titre d'exemple, selon Carbone4, l'amélioration de l'efficacité énergétique des véhicules en France depuis 30 ans a été complétement compensée par la hausse (+30%) de véhicules neufs vendus et l'achat de véhicules plus lourds.


Pour atteindre une économie post-croissance, il est donc nécessaire de changer les indicateurs de mesure de la croissance. Quels seraient-ils ?


Il faut effectivement une nouvelle boussole autre que le niveau de PIB. Ces nouvelles mesures doivent être des indicateurs de résilience de démocratie, de prospérité ; par exemple, l’adhésion des citoyens au discours démocratique, le niveau de santé publique, le niveau d’emploi et la vision de l’avenir etc. La banque centrale européenne est d’ailleurs en train d’évaluer ces indicateurs, elle conduit des stress tests climatiques, c’est-à-dire qu’elle analyse comment se comporteront nos démocraties si on ne prend pas en compte cette nécessité de transition, et elle évalue le coût de celle-ci.


Au mouvement Impact France, nous avons mis en place et proposons en open source un impact score, un index social et économique qui mesure l’empreinte d’une entreprise sur le partage de la valeur, du pouvoir, les impacts économiques et sociologiques, ainsi que les enjeux de protection de la biodiversité. Sur la base de cet index, il pourrait y avoir une nouvelle compétitivité qui se crée : l’investissement public, la fiscalité pourrait être orientée sur ces résultats, ce qui permettrait d’avantager les entreprises qui sont les plus vertueuses et de désavantager les mauvais élèves.


Comment accélérer cette prise de conscience et cette mise en action ?


Il faut débloquer les verrous à cette transition. Le premier verrou est une question de politique publique : l’entreprise n’a pas d’intérêt à prendre en compte ces critères. Une politique publique incitative peut avoir un levier conséquent sur ce premier verrou. Le deuxième problème est qu’il faut que les entreprises restent compétitives en actant la transition ; pour cela, il faut que l’investissement aille vers les entreprises les plus vertueuses et envisage une finance sur le long terme. Troisièmement, il faut un changement de mentalité : les dirigeants d’entreprises doivent être conscients de cette urgence et doivent être alignés sur le temps long que demande cette prise de conscience. Enfin, il faut que l’actionnariat change : on sait qu’il est à l’origine de la prise de décision, il faut donc pousser les actionnaires à penser différemment, et l’État doit protéger les entreprises parfois à la merci d’actionnaires ultra prédateurs.


Il est également nécessaire de réinventer le leadership, que je trouve aujourd’hui trop prédateur et violent, incapable d’appréhender les enjeux à venir. En effet, trouver des nouvelles solutions économiques ne suffit pas ; si on n’appréhende pas une nouvelle manière de gérer les entreprises, on retombera dans un système de prédation. Les modèles de la Finlande et de la nouvelle Zélande nous montrent qu’un nouveau leadership est possible, plus coopératif et dé-concernés, où l’économie serait au service des gens et pas l’inverse.


A Impact France, nous sommes en train de travailler sur une grande loi de la transition, qui serait une continuité de la loi actuelle ou nouvelle loi dans laquelle on pourrait retrouver tous ces principes permettant d’aider les entreprises à transiter. Notre manifeste signé par 4000 dirigeants d’entreprise (Manifeste de l'économie de demain) décrypte également les mesures qu’il faudrait mettre en place, en matière de fiscalité, d’investissement etc.



Si vous étiez présidente, quelles seraient les mesures prioritaires que vous prendriez ?


1. Transformer toutes nos institutions financières en institutions de financement de la transition.


2. Développer un indicateur santé comme moyen d’évaluer nos politiques publiques et leur impact.


3. Revaloriser l’Assemblée nationale en lui donnant un pouvoir total, notamment sur les grandes réformes, et une connexion avec la société civile très forte.






📙 Une économie à nous - Eva Sadoun


🎙 Biodiversité et comptabilité : un langage commun ? - Alexandre Rambaud






🔸 Connaître l’usage de son épargne par les banques avec l’application Rift

Initiée par les équipes de Lita, l’objectif de cette application gratuite est d’informer le grand public de la façon dont son argent est utilisé par les banques. Autrement dit, Rift vous permet de scanner l’impact sociétal et environnemental de l’ensemble de votre patrimoine financier. Dans un premier temps, l’application vous invite à indiquer toute l’épargne que vous possédez, en stipulant notamment les montants que vous détenez, dans quelle banque et sur quel type de support. Ensuite, elle vous propose un questionnaire pour mieux cerner vos priorités, telles que la lutte contre le changement climatique, l’emploi, etc. En fonction de vos valeurs, Rift vous suggère différents placements pour agir en faveur du monde de demain.


🔸 Donner du sens à son épargne avec Lita.co

L'objectif de Lita, fondé par Eva Sadoun et Jean Moreau, est de participer activement et efficacement à réduire les inégalités sociales et environnementales dans le monde afin de construire un avenir meilleur, durable et inclusif. Lita cherche à redonner confiance aux citoyens en l’investissement financier en y donnant du sens, en leur proposant d’investir dans des entreprises sélectionnées sur leurs perspectives de croissance, leur responsabilité et leur impact positif sur la société. Vous pouvez ainsi investir dans des PME locales, l’immobilier durable, les énergies renouvelables, etc. Vous pouvez ensuite suivre en toute transparence l’évolution de l’entreprise dans laquelle vous avez investi.


🔸 Devenir actionnaire chez Time for the Planet

Time for the Planet crée des entreprises pensées et paramétrées pour lutter contre les gaz à effet de serre. Leur mission est de détecter des innovations à impact, de recruter des entrepreneurs chevronnés pour transformer ces innovations en entreprises, avec des modèles économiques solides, et d’injecter de l'argent pour maximiser et accélérer le déploiement. Toutes les innovations sont mises open source. Toute personne physique ou morale peut rejoindre la société à partir d'1 € et agir concrètement, à l'échelle mondiale, contre le dérèglement climatique. L'objectif annoncé de Time for the Planet à horizon 2030 est la levée d'un milliard d'euros, ainsi que la création de 100 filiales.