Le Yuka de l'information

Benoît Raphaël était notre invité dans l'émission du 23 juin 2020.


Journaliste, blogueur, entrepreneur et aujourd'hui « éleveur de robots », Benoit Raphael a lancé Flint, une expérience collaborative entre humains et robots qui nous permet de mieux nous informer en triant des milliers d'articles à l’aide de l’intelligence artificielle.


Dans cette première saison consacrée à la crise du Coronavirus, notre invité nous interroge. Dans un monde noyé par le flot d’information, comment ne pas perdre pied ? Benoît Raphaël nous explique comment nous pouvons nous mettre d’accord sur un nouveau contrat social autour du fait et de méthodes d’accès à la « vérité », et comment la technologie peut peut-être nous y aider… Que diriez-vous d'un Yuka de l'information ?


Au programme :

- L'article l Une interview de notre invité

- Le récap' l Le replay de son intervention accompagné d'une synthèse

- Pour aller plus loin... l Des ressources pour approfondir les sujets abordés



Qu’as-tu appris de la crise ?


La première chose que nous avons appris durant cette crise, contrairement aux autres crises planétaires comme celle du climat, c’est que nous avions ici tous un rôle à jouer. Nous avons compris l’effet quasi-mathématique de la distanciation sociale sur la circulation du virus : si chacun jouait son rôle, nous pourrions faire basculer l’issue de la crise sanitaire.

D’un autre côté, nous avons constaté que la coordination collective n’est pas possible sans accès à une information de qualité. En cela, la crise du Covid-19 a aussi été une crise de l’information. Nous avons été surinformés, désinformés de fait qu’aujourd’hui encore, nous n’arrivons pas à savoir si la stratégie du confinement était la meilleure option ou bien notre seule issue face à notre impréparation. Même les sources scientifiques, dans lesquelles nous avons habituellement confiance, peuvent se contredire.


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La vérité algorithmique n'existe pas


🎙Écouter le replay de l'émission en format podcast


Que nous ont appris ces derniers mois ?

Tout d’abord, nous sommes rentrés dans l’incertitude, dans un monde dans lequel nous ne savons pas du tout ce qui va se passer.

Ensuite, dans le milieu engagé dans lequel nous évoluons, nous avons parfois tendance à perdre espoir dans les actions collectives. Or, la crise sanitaire en nous confinant nous a peut-être redonné l’impression d’une action possible à l’échelle individuelle pour régler un problème.

Toutefois, là où nous nous sommes sentis désemparés c’est sur notre capacité à accéder à une information de qualité pour pouvoir agir correctement.


Qu’est-ce que cela révèle sur la “fabrique” de l’information ?

Cela nous dit que la vérité n’existe pas, qu’il s’agit d’un processus voir même un consensus de différentes méthodologies. Nous nous sommes aperçus que nous manquions de temps pour traiter l’information dans un contexte où nous devions prendre des décisions rapidement. Il y a eu beaucoup de désinformation qu’elle soit volontaire ou non. Enfin, nous avons réalisé que les gardiens du temple qu’étaient les scientifiques, censés donner les faits et nous rassurer, n'étaient eux-même pas d’accord entre eux. Même les scientifiques ne disent pas la vérité, il y a des biais mais au moins ils fournissent une méthode.


Comment faire pour mieux nous informer pendant cette crise ?

Pendant toute la crise, Flint a produit une newsletter hebdomadaire qui se concentrait sur une information entendue à la télévision, dans les médias ou remonter par ses robots. La conclusion de ces travaux méticuleux est simple : il n’y a pas de vérité mais des faits sur lesquels nous pouvons nous mettre d’accord. Or, cela nous prend beaucoup trop de temps mais cette information de qualité est pourtant indispensable pour prendre les bonnes sociétés que ce soit dans la société ou en entreprise.

C’est dans ce cadre que les nouvelles technologies peuvent nous aider à gagner beaucoup de temps. L’intelligence artificielle peut nous aider à filtrer l’information avant que le travail humain ne commence (réflexion, analyse, etc.). La technologie n’est pas une fin en soi mais un outil à utiliser.


Aujourd’hui à quoi sert Flint ? Et comment peut-on l’utiliser en tant qu’individu ?

Flint est une plateforme, un média technologique qui permet de mieux s’informer pour prendre de bonnes décisions. Pour ça, ils utilisent une intelligence artificielle qui permet une sélection d’informations personnalisées tout en essayant de nous faire sortir de notre bulle en nous apportant une diversité de sources et d’opinions sur un même sujet.


Comment fonctionne l’Intelligence Artificielle de Flint ?

Quand on parle aujourd’hui d’Intelligence Artificielle, il s’agit surtout de machine Learning : une capacité pour la machine à compiler énormément de données. Ensuite, en fonction de l'entraînement effectué par les humains, le robot va être capable de comprendre ce dont nous avons besoin.

On parle aussi souvent de deep learning, qui est une technologie du machine learning permettant de rentrer dans une plus grande complexité. Cela mobilise notamment les réseaux de neurones, de façon à essayer de simuler le fonctionnement du cerveau.

Prenons un exemple. Si l’on souhaite que le robot nous envoie des articles de “qualité”. Il s’agit d’une variable difficile à déterminer, à définir. Ce que propose Flint, c’est donc d’envoyer au robot des articles que l’on considère être de qualité pour que le robot trouve les facteurs communs et la méthode pour le faire.


Le robot est “bête”. Si l’on veut par exemple apprendre à un robot à reconnaître ce qu’est un chien ou un chat grâce à des critères sur une photo c’est impossible. Donc on lui montre des millions de photos de chiens et de chats en lui expliquant qui est quoi. Lui traite cette donnée, qui finalement est faite de pixels. Et in fine il pourra prédire en recevant une photo si c’est un chien ou un chat avec un % de certitude.

Nous devons sortir du mythe de l’intelligence artificielle et arrêter de croire que les robots sont intelligents. Il ne s’agit que d’un outil.


L’hygiène informationnelle ?

Comme pour notre hygiène alimentaire, nous devons faire attention à notre hygiène informationnelle. Notre bonne santé mentale dépend en partie de notre alimentation quotidienne.

Pour l’alimentaire, nous sommes aidés au quotidien par les étiquettes alimentaires. Aujourd’hui nous avons des applications comme Yuka. Pour l’information c’est exactement la même chose. L’idée serait de pouvoir scanner l’information pour non pas dire si elle est vraie ou fausse, mais pour savoir d’où elle provient, quelle est sa fiabilité etc.


Dans les temps de complexité le mélange de l’IA et de l’IC sont à privilégier. Tout ce qui est open source et open date restent des outils incroyables (comme Wikipédia).



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📙 Bruno Patino : La civilisation du poisson rouge


👊 Flint : Éduque ton propre robot gratuitement